samedi 15 novembre 2008

Pochette Académie

 

Il fait bon aller farfouiller chez les autres, ça grouille de bonnes idées pour occuper ses soirées. Encore une fois je dois à Matoo ( et indirectement  à... plein de monde ! ) l'idée du billet de ce jour...

 

Les ingrédients : 4 règles toutes simples, et quelques minutes devant soi...

 

1. http://en.wikipedia.org/wiki/Special:Random
Le premier article de la page est le nom de votre groupe ;

2. http://www.quotationspage.com/random.php3
Les 4 derniers mots de la dernière citation seront le titre de votre album ;

3. http://www.flickr.com/explore/interesting/7days/
La troisième photo, quelle qu’elle soit, sera votre pochette d’album !

4. Prenez la photo, ajoutez-y votre nom de groupe et le titre de l’album ; Vous avez maintenant votre pochette d’album.

 

Je me suis moi aussi pris au jeu et à l'aide d'un logiciel de retouche, type Photoshop (mais on peut très bien procéder avec Paint pour les plus modestement dotés), j'ai obtenu ça :

 

       

 

Je suis assez fier de mes essais ^^

 

L'idée de faire place totale au hasard, de composer avec des éléments imposés même s'ils paraissent improbables (qui a dit 42 ?) me plait beaucoup. Par contre le résultat n'a d'interêt que si l'on se plie totalement au jeu, avec toute la rigueur de la règle, sans tricherie.

 

En fait, ce que je trouve très amusant c'est de constater qu'au final, on obtient une pochette qui aurait réellement pu exister car si l'on y prête un tout petit peu attention, les titres de certains albums sont absolument invraisemblables et ne veulent rigoureusement rien dire (et encore, je n'ai pas l'impertinence d'aborder le délicat sujet des paroles).

 

Maintenant, à vous de jouer !

 

Et postez vos chefs-d'oeuvres (vous pouvez les héberger ici). J'ai hate de voir vos pochettes !

 

vendredi 7 novembre 2008

Ce qu'il faut pour être heureux

 

Alors que j’errais du coté de chez Matoo qui, dans un précédent billet, nous confiait ses état d’âme sur son trentième anniversaire, je tombais nez à nez avec la chose suivante :

 




Ce qu’il faut pour être heureux

Il faut penser ; sans quoi l'homme devient,
Malgré son âme, un vrai cheval de somme.
Il faut aimer ; c'est ce qui nous soutient ;
Sans rien aimer il est triste d'être homme.

Il faut avoir douce société,
Des gens savants, instruits, sans suffisance,
Et de plaisirs grande variété,
Sans quoi les jours sont plus longs qu'on ne pense.

Il faut avoir un ami, qu'en tout temps,
Pour son bonheur, on écoute, on consulte,
Qui puisse rendre à notre âme en tumulte,
Les maux moins vifs et les plaisirs plus grands.

Il faut, le soir, un souper délectable
Où l'on soit libre, où l'on goûte à propos,
Les mets exquis, les bons vins, les bons mots
Et sans être ivre, il faut sortir de table.

Il faut, la nuit, tenir entre deux draps
Le tendre objet que notre coeur adore,
Le caresser, s'endormir dans ses bras,
Et le matin, recommencer encore.

Voltaire

 

J’avoue avoir été très touché par ces vers. La quête du bonheur est l'oeuvre - utopique diront les plus pessimistes - d'une vie. Suis-je heureux ? je ne le sais pas vraiment. Car au fond qu'est-ce que le bonheur sinon un enchaînement de petites choses qui rendent l'existence agréable ? Je sais en tous cas que je ne suis pas malheureux. On peut toujours chipoter et espérer mieux, voire beaucoup mieux, mais ma situation actuelle n'est pas la lpus mauvaise, sans pour autant confiner au paradisiaque, n'exagérons rien.  

 

Toutefois, comme mon cerveau  de grand malade n’est jamais au repos, et que "qui aime bien chatie bien", quasi instantanément a germé en moi une ébauche de commentaire dont je ne résiste pas au plaisir de vous livrer les fruits.

 

Reprenons ensemble :

Il faut penser ; sans quoi l'homme devient,
Malgré son âme, un vrai cheval de somme.

 

Penser, panser ses plaies, les plaies de son corps, les plaies de son âme, les plaies d'une vie. Mais par homophonie, on en vient aussi à la panse, c’est à dire l’estomac. Hé oui, l’homme ne se substante pas que de nourritures spirituelles, c’est bien connu. "Il faut penser" peut donc aussi être entendu "il faut panser", c'est à dire se remplir l'estomac. Et moi, quand j’ai l’estomac bien rempli et les amygdales qui baignent, je n’ai envie que d’une chose : un bon petit somme et de ronfler comme un cheval. Quoi ? Ca ronfle pas un cheval ?

 

Il faut aimer ; c'est ce qui nous soutient ;
Sans rien aimer il est triste d'être homme.

 

Aimeeeeeer, c’est c’qui’y’a d’pluuuuuuuuuus bôôôôôô… (fond sonores de violons sirupeux).

Non, sans rire, l’amour est sans conteste la plus belle chose qui puisse arriver à quiconque et pour paraphraser un auteur dont le nom m’échappe, je plains celui qui meurt sans avoir aimé. Connaître les ivresses sans limites d'un amour vrai et réciproque, la cruauté de la séparation et la douceur infinie d'un baiser de retrouvailles sont des instants magiques dont l'intensité défie le sens commun. J'aimerai mille fois n'avoir pas vécu que de mourir sans avoir aimé.

 

Soyez prévenus, ici s'arrête la tentative de critique pseudo-sérieuse... Couchez les enfants et éloignez les âmes pures.

 

Il faut avoir douce société,
Des gens savants, instruits, sans suffisance,
Et de plaisirs grande variété,
Sans quoi les jours sont plus longs qu'on ne pense.

 

Avec ses mots à lui et une plume particulièrement élégante, Voltaire nous vante tout simplement les mérites des orgies collectives. En quelques mots comme en cent : Vive la drogue, le sexe et l’alcool !

Notez bien l’insistance sur les  plaisirs « en grande variétés » : lâchez vous pour de bon, ça rend heureux ; soyez curieux, ne mourrez pas idiots. Cocaïne, Ecxstazy, acides, poppers, laitue euphorisante et autres bégonias psychotropes, seul, à plusieurs, avec votre labrador ou un troupeau de moutons, jouez le jeu à fond ! Et de toutes façons la vie est courte, alors jouissez en paix mes frères sans demi-mesure ! N'oubliez pas de noyer les quelques relents de culpabilité qui pourraient vous assaillir sous des flots d'alcool, cela va sans dire mais cela va mieux en le disant.

Surtout, comme le conseille Voltaire,prenez soin de convoquer des gens "instruits" qui sauront vous éduquer aux réelles préoccupations de ce bas monde : un groupe de junkies aux cheveux gras tatoués de bas en haut devrait a priori faire l'affaire si jamais vous cherchiez. A défaut, vous pouvez toujours regarder le kamasutra en DVD, voire l'oeuvre cinématographique d'un Marc Dorcel ou des Studios Falcon ou tout autre maison de votre choix, ça peut donner des idées si votre imagination en la matière fait défaut.

Quoi ? Quoi ? Z'avez jamais maté un film porno ? Tssssss... quelle bande de menteurs ^^

 

La suite :

 

Il faut avoir un ami, qu'en tout temps,
Pour son bonheur, on écoute, on consulte,
Qui puisse rendre à notre âme en tumulte,
Les maux moins vifs et les plaisirs plus grands.

 

Un ami disponible tout le temps, qui puisse apaiser votre âme et vous procurer du bonheur ainsi que de vifs plaisirs ? Si c’est pas d’un fuck-friend ou d'une dealer dont il s’agit alors non, je vois pas…  Il était très en avance sur son temps le Sieur Voltaire ! Et notez le lien subtil mais néanmoins extrêment fort entre cette strophe et la précédente, preuve évidente si besoin en était, que le bonheur est la conséquence d'un tout. 

Hein ...? Comment ça vous n'avez ni fuck-friend ni dealer ? 

Passons...

Il faut, le soir, un souper délectable
Où l'on soit libre, où l'on goûte à propos,
Les mets exquis, les bons vins, les bons mots
Et sans être ivre, il faut sortir de table.

 

Le sujet avait été abordé in limine de ce poème et de façon plutôt subliminale mais là, pour le cas où le message ne serait pas passé au premier coup, Charles-Marie nous en remet une seconde couche sans sous-entendu cette fois : manger, boire, s'en mettre jusque là...

Notez cependant une petite réserve : « sans être ivre, il faut sortir de table ». Hé oui, car déjà au XVIII° siècle la conduite de cariole en état d’ébriété devait être passible d’une amende de 100 sous, voire d’une lettre de cachet qui vous conduisait au gniouf pour 2 ou 3 jours, ce qui à l'époque n'était pas du plus glamour. Alors, je prolongerai ce conseil de bon sens et de prudence : celui qui conduit, c’est celui qui prend le volant ! Et puis vomir au volant c’est pas classe, mais pas classe du tout du tout. Un peu de tenue enfin !

 

Il faut, la nuit, tenir entre deux draps
Le tendre objet que notre coeur adore,
Le caresser, s'endormir dans ses bras,
Et le matin, recommencer encore.

 

Certains penseront candidement que Voltaire, lorsqu’il parle de « tendre objet » fait référence à un doudou en peluche, à un animal empaillé ou à une épaisse tranche de mortadelle moelleuse - oui, il en est qui ont ce vice terrible. Eh bien que nenni ! C’est bien d’amour, d’émois et de sexe qu’il s’agit ici. Une bonne partie de jambes en l’air avant de faire dodo, baiser comme des bêtes, ça fait du bien partout, ça détend après une dure journée de labeur, ça inonde le cerveau d’endorphines qui nous font nous sentir bien, et en plus ça fait digérer. Notez  bien le conseil prodigué au denier vers : le soir ne suffit pas, on peut tout à fait il faut recommencer le matin . Ha bé oui… comme je le disait dans un autre billet, il n’y a pas de mal à se faire du bien !

Et à titre personnel, s’il y a des volontaires pour la dernière strophe…

 

samedi 1 novembre 2008

Mignonne allons voir si la rose...

 

L'oeuvre poétique d'Arthur Rimbaud tient dans l'inconscient collectif de nos contemporains une place toute particulière au milieu des Verlaine, Hugo et autre Baudelaire. Nous avons tous plus ou moins ânnoné alors que nous étions gamins, quelques vers de ces auteurs sans forcémment en comprendre parfaitement le sens. Aussi, poussé par une saine curiosité, je me procurais voici quelques mois déjà, les Poésies de Arthur Rimbaud et de quelques autres afin de combler un vide non seulement dans les rayonnages de ma bibliothèque, mais surtout dans mes connaissances, très maigres en la matière.

 

Si j'ai lu avec un plaisir sans faille l'ami Victor Hugo, je vous avoue que l'effet d'un Arthur Rimbaud n'est pas tout à fait le même. Enfant terrible et rebelle - sauvageon, voire racaille sur les bords aurait-on dit aujourd'hui - la poésie de Rimbaud ne caresse pas dans le sens du poil. Où alors avec un peigne asséré de lames de rasoir ! L'angulosité du texte se dispute avec l'amertume du propos, mais toujours avec une fluidité et un naturel qui forcent l'admiration.

 

Pourtant hier soir, au détour d'un alexandrin, je tombais nez à nez avec un sonnet ouvrant l'Album Zutique, particulièrement délectable et qui m'a fait songer au subtil gag que Ronsard a dissimulé dans le sonnet dont j'ai choisi les premiers vers pour titre de ce billet.




L'IDOLE

Sonnet du Trou du Cul




Obscur et froncé comme un oeillet violet
Il respire, humblement tapi parmi la mousse
Humide encor d'amour qui suit la fuite douce
Des Fesses blanches jusqu'au coeur de son ourlet.

 

Des filaments pareils à des larmes de lait
Ont pleuré, sous le vent cruel qui les repousse,
A travers de petits caillots de marne rousse
Pour s'aller perdre où la pente les appelait.

 

Mon Rêve s'aboucha souvent à sa ventouse;
Mon âme, du coït matériel jalouse,
En fit son larmier fauve et son nid de sanglots.

 

C'est l'olive pâmée, et la flûte câline,
C'est le tube où descend la céleste praline:
Chanaan féminin dans les moiteurs enclos !

Certes il n'est pas de l'entière main de Rimbaud, son compère Paul Verlaine en étant le co-auteur. Néanmoins, je m'étonne que ce chef-d'oeuvre ne soit pas enseigné en classe...

lundi 27 octobre 2008

La Grande Loi Universelle des Mariages

 

Ce week-end j'étais invité à un mariage fort réussi au pays de l'aligot, du roquefort et des tripous, comprenez l'Aveyron. Une histoire totalement absurde comme il n'en arrive que dans les histoires à l'eau de rose dont est farcie la littérature de gare : Carine, une jeune DRH fraichement diplômée qui, lors d'un stage en entreprise, tombe amoureuse de Guillaume, son boss... amour impossible, rencontre morganatique (la belle vient du pays des bouseux, le beau de la haute société) mais dont la morale sort victorieuse : l'amour triomphe de tous les obstacles indociles. Ils se marièrent donc, et auront peut-être beaucoup d'enfants, c'est tout le mal que je leur souhaite.

 

Fait à souligner, je ne connaissais absolument pas le marié ni sa famille, rencontrés pour la circonstance. Aussi certains "événements" suscitèrent mon amusement et c'est muni d'un bloc-notes de fortune, que je relevais à la va-vite quelques détails piquants... car, après l'avoir cogité entre deux verres de bordeaux, tout mariage répond à des canons scientifiques, une sorte de Grande Loi Universelle du Mariage, qu'une étude sociologique un peu plus poussée pourrait sûrement confirmer. Le mariage auquel j'ai assisté n'échappe pas à ce senario...


Voici donc en exclusivité la première ébauche de cette théorie qui va bouleverser la face du monde... Peut-être l'auteur de ces lignes est-il un futur prix Nobel ? ^^


Lorsque l'on se rend à un mariage, il est extrêmement fréquent - ce sera la première manifestation de la Grande Loi Universelle des Mariages relatée ici - de faire du covoiturage, soit pour économiser sur la facture de carburant, soit parce que certains n'ont pas le permis, ou encore pour rendre le trajet plus convivial. Je devais prendre avec moi une amie de la fac, que j'avais perdue de vue depuis 2 ans et peut-être aussi mon boulet parce que mon boulet n'a pas le permis et qu'il était possible que les amis (les vrais) avec qui il devait partir ne puissent finalement pas venir au mariage en raison d'obligations professionnelles de dernière heure. Fort heureusement, ces "amis" ont pu se libérer et c'est délivré de ce fardeau inutile que je prennais la route avec ma passagère.

Je savais que les nanas sont réputées pour être de grandes bavardes. Ils en parlent dans tous les bouquins, c'est un aspect purement consubstantiel au sexe féminin, au même degré que la curiosité ou leur passion incompréhensible pour toutes les séries façon "sous le soleil" et autres "feux de l'amour". Ma passagère était TRES bavarde... un moulin à paroles par grand vent... un flot de paroles inintérrompu pendant deux heures. Par moment, je faisais mine d'acquiescer alors que je savais même plus de quoi elle parlait ! Heureusement je suis d'une patience à peu près exemplaire et que la dernière heure de route fut l'occasion d'aborder des thèmes de fond qui m'intéressent au premier point. Un mal pour un bien dirons nous...

 

Après avoir posé nos bagages à l'hôtel et nous être faits beaux (non, je déconne, je suis TOUJOURS beau, même au saut du lit le lendemain d'une soirée fortement alcoolisée... Trop dur d'être un sex-symbol, je le souhaite à personne), direction le bled paumé dans lequel va se dérouler la cérémonie religieuse. Car c'est un élément indiscutable de la Grande Loi Universelle des Mariages : les mariages ont toujours lieu quelque part entre le diable Vauvert et le trou-du-cul du monde... Se munir d'un GPS n'est pas une précaution superflue, non seulement pour s'y rendre, mais aussi et surtout pour en revenir ! Car je vous assure qu'en pleine nuit et un repas un minimum arrosé plus loin, nos repères ne sont plus les mêmes. J'ai toujours en mémoire le retour hasardeux dont j'ai été l'otage en août dernier (n'est-ce pas Anouck ? ^^). Bref, là encore, la cérémonie se déroulait dans un patelin portant le doux nom de Sainte Radegonde, connue pour son très fameux miracle des avoines (si si, je vous assure !! voyez donc Sainte Radegonde, sa vie, son oeuvre en cliquant ici).

L'église est petite mais jolie, une église fortifiée dotée de murs d'un bon mètre d'épaisseur, à la rusticité toute locale, et menée de main de maître par un prêtre "un peu space" m'avait confié Carine. Car il est une autre inconnue qui participe de l'étrange équation d'une journée de mariage qui constitue une variable importante de la Grande Loi Universelle des Mariages : le curé ! Les curés, il en est de toutes les sortes : jeunes, vieux, moches, beaux, libéraux ou intégristes, souriants ou aigris, pince sans rire ou pudibonds... toutes les combinaisons sont possibles. Lorsque j'écrivais plus haut que ma passagère à l'allée avait été plus bavarde qu'une pie passée au sérum de vérité, le manque de superlatifs se fait cruellement ressentir lorsqu'il s'agit de ce prêtre là... Je crois qu'il n'a jamais laissé plus de 1,3 seconde de silence, couvrant d'un soliloque ronflant l'heure et demi qu'à duré la messe. Incroyable... ! Quoique bavard, notre homme n'en a pas moins dirigé l'affaire avec dignité et recueillement – certes relatif - de bon aloi, c'est au moins ça. Je ne ferai aucun commentaire sur la partie musicale qui fut irréprochablement exécutée sur un Farfisa entrée de gamme des années 80. Les initiés compatiront à mon supplice. 


Après la messe arrive toujours, Grande Loi Universelle des Mariages oblige, le moment le plus redouté dans un mariage car sa durée peut aller de quelques dizaines de minutes à plusieurs heures : l'entracte précédant le vin d'honneur. Généralement on sort de l'église, on s'asperge de riz ou de confétis géants, on félicite les heureux époux, on salue les invités que l'on n'avait pas encore pris le temps de voir avant, on bavarde tant bien que mal de tout et surtout de rien, on se raconte les dernières nouvelles en faisant mine de s'intéresser, on se réchauffe au soleil contre un blizzard peu engageant et... on attend... Ce week-end l'attente ne fut heureusement pas démeusurée et c'est assez rapidement que nous convoyâmes en direction de la salle des fêtes du village voisin. Il faut dire qu'en Aveyron, passé 18h et la nuit tombant, les premiers hurlements des meutes de loups viennent fendre le calme des soirées d'automne et qu'on retrouve régulièrement au petit matin des carcasses encore fumantes de citadins égarés alors qu'il cherchaient un racourci que jamais ils ne trouvèrent...

Au vin d'honneur, on croise deux catégories de personnes. Celles qui sont invitées au repas, et les autres. Si les premières discutent bruyamment en riant assez fort, les secondes au contraire se gavent de petits fours et de whisky, espérant ainsi compenser le manque à gagner qu'aurait pu constituer la suite de la soirée. Pendant ce temps, les mômes commencent à s'exciter en courant partout, échauffement préalable au grand cirque que sera le repas du soir.

Quelques mini-pizzas plus loin, re-belotte : on quitte les lieux pour aller à une autre salle dans laquelle est servi le repas. La fête va commencer !


Sur l'échelle de Richter des repas de mariage que j'ai pu faire depuis dix ans (mettons un point de départ totalement arbitraire), celui de ce week-end se hisse très haut dans le top 10 et rivalise sans peine avec les deux derniers de cet été, malgré leur excellence respective. Chaque plat était tout simplement exquis, finement élaboré, sans pompe inutile mais avec un soucis évident de la qualité et du goût, ce qui se traduisait par des produits de grande qualité traités avec finesse. Du grand art, ce qui est tout à fait remarquable lorsque l'on sait que pas moins de 130 couverts étaient servis ce soir là.

Les tables elles-mêmes étaient fort joliment dressées, simplement mais avec goût et délicatesse, de la jolie vaisselle et des verres étincelants exempts de toute trace disgracieuse. La distribution des invités quant à elle répondait à une logique imparable puisque j'avais personnellement demandé aux mariés de surtout ne pas me mettre à la même table que celle de mon boulet. Et même pas honte ^^. En conséquence de quoi j'ai passé une excellente soirée ! Hé oui, c'est un aspect inédit de la Grande Loi Universelle des Mariages que je vous révèle ici : elle peut être paramétrable !!

 

Si le repas est l'occasion de se remplir délicatement la panse en agréable compagnie, il est également l'occasion des inévitables séquences souvenirs préparées par les amis des uns et des autres. Le mariage de ce week-end n'a là encore pas failli à la Grande Loi Universelle des Mariages. Je vous ai indiqué plus haut que je ne connaissais pas le marié avant ce jour. Ceci prit toute sa mesure lors de la séquence PowerPoint où les amis diffusent des photos sensées retracer de façon fulgurante la vie du marié. Car... je n'ai rien compris... ou si peu. Je suppose que le narrateur a dû lâcher quelques vannes mûrement réfléchies et longuement réécrites pour produire tout l'effet comique attendu sur son auditoire - du moins le supposè-je - car si ce n'est le rire à peine contenu de notre ami humoriste d'un soir qui signalait de temps en temps une drôlerie potentielle, ses traits d'humour m'ont laissé de marbre.

« Le meilleur auditoire pour un orateur, c'est celui qui est très intelligent, très cultivé et un peu saoul » aurait dit Alben William Barkley. Je suppose donc que nous n'étions soit pas assez saoul, soit trop bêtes... Il va sans dire que l'une et l'autre de ces hypothèses doivent purement et simplement être écartées en ce qui me concernait à ce moment là...

Dans la même veine, on recommande souvent de ne jamais commencer un discours en disant « je ne suis pas un orateur » parce que les auditeurs s'en apercevront bien assez vite. Lorsque le père du marié prit la parole peu avant le dessert pour congratuler sa progéniture et sa bru, il s'est bien gardé de ne pas suivre ce conseil, ce qui pour autant ne nous a pas empêché de nous apercevoir qu'il n'avait pas l'éloquence ni la prestance d'un Bossuet... Car, c'est une autre constante de la Grande Loi Universelle des Mariages que lors des repas de mariage le père d'un des époux - ou un invité spécialement désigné à cet office - fasse un discours solennellement déclamé, quand bien même personne ne lui en voudrait d'y déroger et de nous épargner des considérations de PMU sur les valeurs du mariage, et autres foutaises, blablablabla... je vous épargne la litanie.

 

Et pendant ce temps, les mômes sur-excités (on doit les piquer à la cocaïne non ?) courent dans tous les sens en poussant des cris stridents à vous faire péter un sonotone, menant tant bien que mal à terme la mission hautement impérieuse consistant à exterminer consciencieusement tous les ballons qui ornent la salle des fêtes, pour le plus grand bonheur des convives qui ne rêvent qu'à une chose : leur dévisser la tête d'une retentissante baffe (que celui qui n'y a jamais pensé, même un millième de seconde,lève la main ^^). D'où cet axiome de la Grande Loi Universelle des Mariages : "tout mioche présent à un repas de mariage est... chiant !"


Une fois l'épreuve des discours surmontée, les desserts ingurgités, et abstraction faite des gremlins cocaïnomanes, vient une autre invariable de la Grande Loi Universelle des Mariages : la séquence "ouverture du bal" inaugurée par la traditionnelle valse rapidement expédiée avant que le DJ (plus ou moins talentueux) n'asphyxie les survivants au moyen de tubes éculés et ringards tels que l'inoxydable Macarena, que j'estime au moins autant que l'oeuvre de Mireille Matthieu... Que celui qui ne s'est jamais senti ridicule en se trémoussant sur cette chose infâme se signale, il sera béatifié par mes soins.

Quant à moi j'ai trouvé une parade absolue à cette offense à la dignité humaine : le boycott...

 

La Grande Loi Universelle des Mariages mériterait certainement de plus amples développements, mais il se fait tard et je me tiens à ce que mon observation sociologique de ce samedi me permet. Je vous laisse libre de compléter cette théorisation par vos apports personnels. Les grandes découvertes ne sont que rarement l'oeuvre d'un seul homme.



mardi 21 octobre 2008

Paperasse et autres réjouissances.

 Je ne sais pas ce qu'il en est pour vous, mais s'il y a une chose qui me soûle par dessus tout, c'est bien la paperasse...


J'ai beau faire tous les efforts du monde, prendre régulièrement de bonnes résolutions, y mettre toute ma détermination, rien n'y fait. Ca me gave, ça me broute, ça me tape sur le système... ça me fait chier.


Non seulement je n'y comprends rien, mais, plus grave, je n'y porte aucun intérêt.

Alors que certains rangent tout, méticuleusement, dans des pochettes transparentes et par ordre chronologique depuis leur première facture à l'épicerie du coin où, alors âgés de seulement 5 ans, ils avaient acheté un Kinder Suprise à 2 Francs, que d'autres réalisent des comptes à l'aide des derniers logiciels mis au point par la NASA et qui leur permettent d'effectuer des projections financières par trimestre pour les 37 prochaines années avec une marge d'erreur de plus ou moins 0,03%, chez moi tout s'entasse lamentablement sur un coin de mon bureau, parmi des enveloppes éventrées sauvagement d'un revers du pouce et des bouquins en souffrance. Généralement, j'ouvre le courrier d'un oeil distrait, regarde vaguement de quoi il s'agit, et remets à plus tard, le plus tard possible, le traitement de cet indésirable que j'abandonne à son triste sort de papelard insipide et ostentatoirement morne.


Morne comme le fonctionnaire qui, derrière son bureau sur lequel se meurt un cactus nain offert par le service compta, attend avec langueur le retour de son petit protégé soigneusement barbouillé par la main malhabile d'un contribuable outrancieusement vulgaire n'utilisant que des stylos bic et non pas un magnifique Montblanc à l'encre d'ébène aux reflets nacrés.


Prostré derrière son bureau, il attend fébrilement son enveloppe du jour apportée dans une caisse en carton ondulé par la responsable du courrier, celle qui mâche inlassablement le même chewing-gum du soir au matin et fait des bulles en articulant des phrases mal construites. Lorsque, revenant de la pause café de 9h45 il découvre - ô joie - sur son sous-main représentant la façade du Ministère des Finances ou à coté de ses crayons méticuleusement alignés avec la rigueur austère d'une grille de mots-croisés, une enveloppe blanche à fenêtre aux coins légèrement cornés, laissée là par la préposée pendant sa courte absence, notre petit fonctionnaire referme délicatement la porte de son bureau. Tout en baissant la lumière il s'empare délicatement du petit rectangle de papier blanc qu'il hume suavement tandis qu'un frisson le parcours de haut en bas, lui procurant des bouffées d'extase étourdissantes. Son souffle se fait soudainement court et, dégrafant d'une main le premier bouton de sa chemise en coton gris, son corps s'abandonne à des spasmes de plaisir tandis que des gouttes de sueur dévalent sur ses tempes. Plus d'une fois il dût contenir violent un orgasme qui eut sinon auréolé de foutre le caleçon acheté en solde chez Kiabi, et imprégné d'une odeur douçâtre des mouchoirs en papier sacrifiés pour la cause.


Pouf pouf...
En ce moment, je suis particulièrement gâté : entre les factures EDF, la taxe d'habitation, les déclarations d'impôts sur le revenu, la taxe foncière, le courrier machin et le formulaire bidule, j'en ai raz la cuve. Ne me demandez pas dans quelle catégorie je suis, quel est l'index du barème A3-H7 du prélèvement obligatoire à subrogation extinctive sur les plus-values patronales déductibles, ni même le plafond du taux d'indexation de ma cotisation salariale à la dette de fourrage du Mozambique... je n'en sais rien et m'en contrefous d'une force intersidérale.


Plus fort, j'ignore même à combien s'élève mon salaire brut (sans rire !) et concède sans honte n'avoir jamais parcouru un seul de mes bulletins de salaire plus de 3 secondes et demi, c'est à dire le temps nécessaire pour trouver en bas à droite l'encadré mentionnant clairement ce qui tombe effectivement dans mon escarcelle à la fin du mois. Et rien que cette pensée me procure des bouffées d'extase étourdissantes. Mon souffle se soudainement fait court et, dégrafant d'une main le premier bouton de ma chemise en coton gris, mon corps........


dimanche 19 octobre 2008

Eveil

Dimanche matin. Il fait beau et je ne suis pas bourré ! J'ai passé une  très bonne journée hier. Une matinée de glandouillage devant mon émission de télé favorite, avant que de prendre la direction du Conservatoire pour y entendre une conférence sur la Dynastie Puget, facteurs d'orgues installés dans la ville rose au milieu du XIX° siècle et qui ont essaimé leurs instruments prodigieux un peu partout en France. Un peu de sport pour garder la forme (et les formes aussi...) et récupérage de costumes chez le tailleur. Au passage j'en profite pour craquer sur une très belle cravate en soie satinée de couleur brique qui sera du plus bel effet sur une des inombrables chemises bleues qui emcombrent ma penderie (on peut effectivement résister à tout, sauf à la tentation - j'adore les cravates !). Retour expéditif à l'appart' pour me délester de mes encombrants avant que ne débute une soirée allant crescendo : un formidable concert de cloture du Festival Toulouse les Orgues autour d'un programme Messiaen admirablement conduit par un Michel Bouvard en grande forme, un cocktail chic et sympa quoique manquant furieusement d'ambiance (peut être subséquent à l'absence de bulles dans nos verres ?) dans un hôtel luxe du centre-ville avec une armada de petits fours salés tous aussi succulents les uns que les autres et de petits gâteaux provenant d'un grand pâtissier Toulousain, et enfin un anniversaire électrisant à quelques coups de pédale de là, où j'ai beaucoup bu et ri, au milieu de gens que je ne connaissais pas pour la majeure partie mais qui m'ont rapidement adopté comme si nous nous étions quittés la veille. Une bonne journée en somme, comme je les aime. Aujourd'hui, je suis en retard : je suis attendu chez pôpa môman pour midi... disons midi trente ! Encore une grosse demi-journée pour se requinquer avant que ne débute le rituel du maratonesque lundi..., puis celui du mardi, du mercredi... du jeudi...

 

Trop dure la life.

mercredi 15 octobre 2008

Echos et concordances

 

C'est marrant la vie... la façon dont les événements peuvent s'enchaîner dans une journée, comme ils se font écho, se complètent, se répondent, prennent leur cohérence, alors qu'isolément ils sont insignifiants et restent au rang de micro-événement sans conséquence que l'on a déjà oublié le lendemain matin en se levant.

 

Ce midi, de passage sur le blog de Méchant Chimiste, je découvrais un billet somme toute laconique,mais contenant un lien vers un autre billet situé sur un autre blog, celui de Colin-Ducasse, que j'avais déjà croisé un peu plus loin chez Matoo.

[mode **lèche cul** Off]

 

Le billet donc, que je vous invite à lire, m'a fait passablement réagir. Il y est grosso-modo question de réussite professionnelle et de réussite personnelle, de plan carrière et de projet de vie, d'être esclave de son travail ou acteur de sa vie (vous irez voir tout ça vous-même)

 

Je me suis posé et me pose encore beaucoup de questions sur mon avenir, mes études que je poursuis encore (bah oui, un doctorat ne se prépare pas en 2 mois, surtout lorsque l'on taffe à coté) et de ce que je veux en faire. Je ne me plains pas trop, je crois ne pas trop mal réussir dans ma branche, de la façon la plus honnête, et non pas à force de jouer au lèche-boules comme certains maitres de conférence - incapables notoires - qui ne doivent leur statut qu'au fait qu'il n'ont pas eu peur d'avoir la langue qui sente la merde. La méritocratie... illusions et désillusions. Malgré tout, j'en reste un fervent défenseur.

 

Je n'ai jamais vraiment eu de plan de carrière de projet bien défini, avec un objectif précis à atteindre par tous les moyens et ai toujours placé autant que possible ma vie personnelle avant mes études (dans une mesure relativement raisonnable je l'avoue) mais par exemple, l'idée de préparer un grand concours comme celui de la magistrature, alors que j'en avais je crois pleinement les capacités, et de passer une année entière à bosser comme une andouille nuit et jour m'a toujours révulsé. Encore maintenant, j'aime bien prendre mon temps et profiter de l'instant présent, quitte à retarder certaines échéances. Non pas que je n'aie aucune ambition, ne vous y trompez pas. J'ai même pas mal d'ambition et des envies professionnelles assez prétentieuses. Non pas pour la gloriole dont je me contrefous, mais simplement par goût, gagner suffisamment pour vivre bien sans trop se poser de question, et jouir de la vie entouré des gens qu'on aime. En toute simplicité.

 

J'en étais à cet état de ma réflexion lorsque je croisai ce soir un énergumène digne du plus haut intérêt au sortir d'une messe pour laquelle je jouais à l'organiste. Je crois que j'avais engagé la conversation avec sa copine ou sa grande soeur, à moins que ce fut quelqu'un de totalement étranger... Lorsque nous en vînmes à ouvrir la conversation alors qu'il me proposait un verre de coca. Rapide description : le monsieur doit avoir 22/23 ans, est en Master 2 "droit des systèmes et réseaux" - ou quelque chose dans ce goût là - à la fac, petit, cheveux chatain-clair, courts et raie à peu près de coté (après 19h c'est excusable), un léger embonpoint signe d'une alimentation abondante et d'une sédentarité certaine, s'exprimant assez fort, vêtu d'un pantalon beige à pinces et d'une chemise de marque légèrement débraillée laissant apparaître un poitrail à la pilosité foisonnante. Un petit ourson en somme, issu sans aucun doute des beaux quartiers de Toulouse et comme on en croise régulièrement sur le parvis d'une belle église de la rue de la Dalbade les soirs de semaine où ont lieu les réunions de l'aumônerie étudiante pour ces messieurs-dames les petits bourgeois (ceux qui sont déjà passé par là vers 19H30 savent de quoi je parle). Bref... Il a envie de tcharrer et j'ai envie de l'écouter, de voir un peu ce qu'il a à raconter. On parle de ses études, de ses perspectives professionnelles. J'ai pas perdu mon temps... J'apprends que Winnie (appelons le ainsi, ourson-attitude oblige) a effectué un stage cet été au Ministère de la Défense ou un de leurs services délégués, je n'ai pas tout à fait compris - mais de toute façon le genre de stage que ni vous ni moi ne sommes capables de dégotter sans le subtil piston d'une connaissance bien bien placée... mais là n'est pas la question, et après tout tant mieux pour lui ! - et qu'il s'est "trop marré" (sic.). Qu'il veut ensuite bosser dans le public parce que, me confia-t-il : "Là, ben, t'as vachement vite des responsabilités importantes pour un salaire pas terrible." Et moi de lui dire qu'à mon avis s'il veut gagner du fric il a tout intérêt à aller dans le privé... C'est pas un secret ! Et Winnie de me répondre : "Haaaa mééé noon !! D'abord du bosses dans le public, tu te fais un CV avec des responsabilités importantes, parce que dans le public ont te file assez vite des grosses responsabilités, et ensuite, tu vas dans le privé. Parce que là, tu leur dis : voilà les responsabilités que j'avais avant ; donnez moi les mêmes ! Et là, ben forcément tu doubles ton salaire facile ! Point de vue plan de carrière c'est top..." Et Winnie d'arborer un sourire satisfait béatement candide.

 

Tout d'un coup, tout m'est revenu comme un flash : le mail de Méchant Chimiste, le billet de Colin-Ducasse, la pyramide de Maslow...

C'est parfois marrant, la vie.

 

lundi 13 octobre 2008

Auto-bio

 

Il est un fait avéré : je ne suis pas un grand écolo dans l'âme.

Je ne mange pas bio, suis même extrêmement dubitatif quant aux bienfaits de ce mode d'alimentation, ne partage pas vraiment d'affinité avec nos amis les "Verts" - et ce quand bien même leur dernière université d'été s'est déroulée dans notre ville rose. Aussi, lorsque je découvrais y a quelques temps déjà les planches de Cyril Pedrosa dans les pages de Fluide Glacial, mon enthousiasme fut tout à fait restreint.

 

La première fois que j'ai lu ça, je me suis dit "Tiens, ça sent le bobo à plein nez...". Par "bobo" j'entends ici le petits bourgeois friqué qui joue à l'homme de gauche et feint de se préoccuper de son prochain, tout en se réjouissant que le CAC 40 ait pris 4 points lors de la dernière quotation. Bref, j'aime pas les bobos, du moins, pas ceux qui correspondent à cette définition. On peut aussi se laisser guider par la chason éponyme de Renaud :


On les appelle bourgeois-bohêmes
Ou bien bobos pour les intimes
Dans les chansons d'Vincent Delerm
On les retrouve à chaque rime
Ils sont une nouvelle classe
Après les bourges et les prolos
Pas loin des beaufs, quoique plus classes
Je vais vous en dresser le tableau
Sont un peu artistes c'est déjà ça
Mais leur passion c'est leur boulot
Dans l'informatique, les médias
Sont fiers d'payer beaucoup d'impôts

 

Ils vivent dans les beaux quartiers
Ou en banlieue mais dans un loft
Ateliers d'artistes branchés,
Bien plus tendance que l'avenue Foch
Ont des enfants bien élevés,
Qui ont lu le Petit Prince à 6 ans
Qui vont dans des écoles privées
Privées de racaille, je me comprends

Ils fument un joint de temps en temps,
Font leurs courses dans les marchés bios
Roulent en 4 x 4, mais l'plus souvent,
Préfèrent s'déplacer à vélo

Les bobos (..)

 

Ils lisent Houellebecq ou Philippe Djian,
Les Inrocks et Télérama,
Leur livre de chevet c'est Cioran
Près du catalogue Ikea.
Ils aiment les restos japonais et le cinéma coréen
Passent leurs vacances au cap Ferret
La Côte d'Azur, franchement ça craint
Ils regardent surtout ARTE
Canal plus, c'est pour les blaireaux
Sauf pour les matchs du PSG
Et d'temps en temps un p'tit porno

Les bobos (..)

 

Ils écoutent sur leur chaîne hi-fi
France-Info toute la journée
Alain Bashung Françoise Hardy
Et forcément Gérard Manset
Ils aiment Desproges sans même savoir
Que Desproges les détestait
Bedos et Jean-Marie Bigard,
Même s'ils ont honte de l'avouer
Ils aiment Jack Lang et Sarkozy
Mais votent toujours Ecolo
Ils adorent le maire de Paris,
Ardisson et son pote Marc-O

Les bobos (..)

 

La femme se fringue chez Diesel
Et l'homme a des prix chez Kenzo
Pour leur cachemire toujours nickel
Zadig & Voltaire je dis bravo
Ils fréquentent beaucoup les musées,
Les galeries d'art, les vieux bistrots
Boivent de la manzana glacée
En écoutant Manu Chao
Ma plume est un peu assassine
Pour ces gens que je n'aime pas trop
Par certains côtés, j'imagine...
Que j'fais aussi partie du lot

Les bobos (..)


Renaud - Les bobos -  2006.

 

Pourtant, à la relecture, mes a priori mis de coté, c'est un auteur très fin et drôle qui m'est apparu, au point que je me suis procuré tout récemment son album intitulé "Auto-bio".

 

Auto-bio nous conte des tranches de vie de la petite famille de l'auteur, composée de sa femme et de ses enfants, tous fervents défenseurs des idées progressistes de l'écologie politique ; un combat du quotidient surlequel Pedrosa porte un regard tendre et doucement cynique.


 

Entre sa femme qui, sous pretexte de manger sainement, veut tout cuire à la vapeur, éradiquer le lait, les saucisses cocktails et les phosphates contenus dans la lessive ;


 

les enfants trop bien dressés qui font la morale à qui-mieux-mieux avec une répartie défrisante... les voisins retors, incultes à toute préoccupation écolo qui croient que les épluchures sont recyclées à l'usine d'incinération, qui deversent des tonnes de pesticides le coeur léger et à qui il faut faire face... les petites victoires du quotidien sont autant de sources de joies face à tant de désillusions que Pedrosa nous narre avec beaucoup de talent.


J'ai beaucoup ri à la lecture auto-bio. Les histoires s'enchaînent l'air de rien, on peut tout à fait les lire dans l'ordre que l'on désire mais je coris percevoir une fine cohérence à l'ordonnancement adopté. On lit et relit avec le même plaisir ces scénettes, peites chroniques de la vie ordinnaire de quelqu'un soucieux de son environnement et convaincu (?) du bien fondé de sa démarche, quoique tarraudé par des questions existentielles de premier ordre.

Bref, un regard tendre et moqueur sur l'écologie, bourré d'humour, servi par un dessin souple, fluide et agréablement mis en couleur. A mettre entre toutes les mains !

 

 

dimanche 12 octobre 2008

Vicky Cristina Barcelona

 

Soirée cinéma hier soir en compagnie de Matthieu, Laurence, Seb et Jehanne. C'est Laurence, cinévore invétérée qui avait lancé l'idée d'aller au cinoche tous ensemble histoire de papoter un coup devant quelques tapas avant que d'aller voir un film de son choix. En l'occurence je n'étais pas particulièrement emballé par le film sur lequel notre "gentille et dévouée organisatrice" avait jeté son dévolu : le dernier Woody Allen... Non pas que je nourrice un courroux particulier contre le cinéaste mais simplement  jusqu'à hier soir je n'avais encore jamais vu un seul de ces films (oué... même que c'est totalement vrai !!). J'avais aussi quelques a priori qui me refroidissaient un peu, au rang desquels l'image du réalisateur intello jouant de la clarinette dans un ensemble de jazz... Bon, c'est un peu maigre je l'avoue, mais moi j'étais plus partant pour le dernier Jaoui-Bacri.

 

Nous avions prévu de nous rendre à la séance de 20H mais, je ne sais pas trop pourquoi, une masse de badauds prodigieuse s'était donné rendez-vous au même endroit que nous hier soir et nous dûmes nous résigner pour nous rabattre sur la seconde séance.

Une part de lasagnes plus loin arrossée d'un petit noir, nous revoici devant le cinoche où, encore une fois, nous ne sommes pas seuls. J'avais jamais vu autant de monde venir au cinéma un samedi soir d'autant que la majorité de ce petit peuple semblait prendre le même chemin que nous. D'ailleurs la salle était archi-comble... du jamais vu un soir de week-end. Par un heureux hasard, nous eûmes ce que nous avons d'abord pris pour de la chance, la possibilité de nous placer tous ensemble au dernier rang qui se trouvait fortuitement entièrement libre. Je compris en cours de film que ce n'était pas dû au hasard mais à une volonté délibérée de fuir ces places tant elles sont inconfortables... je ne vous raconte pas l'état de mon dos encore ce matin. Je m'en souviendrai !

 

Après les 15 minutes de pubs en tous genres, la lumière se tamise, les éclats de voix se font silence, l'obscurité envahit la salle, le film débute.

 

Vicky et Cristina sont deux copines que tout, ou presque, oppose. Vicky (Rebecca Hall) est la fille réfléchie, intelligente. Promise à un avenir sans soucis matériels, elle a réalisé un mémoire de Master sur l'identité catalane et va bientôt se marier à Doug, un jeune cadre dynamique propre et bien rangé de la bonne société New-Yorkaise. Cristina (interprétée par Scarlett Johansson) c'est la fausse blonde bohème, artiste dans l'âme en proie au doute. Elle est à la recherche d'un idéal qu'elle ne sait pas définir, fuyant une part d'elle même, luttant contre des démons intérieurs qu'elle ne sait pas identifier, guidée par le coeur plus que par la raison. Les deux copines décident de passer quelques jours chez les Nash, riches amis américains installés à Barcelone, la ville de Gaudi, capitale de la Catalogne. Tout ce petit monde semble aller bien, chacun avec ses certitudes et ses névroses jusqu'au moment où tout bascule, l'air de rien. Un soir où Juan Antonio (Javier Bardem), artiste à la réputation peu recommandable de l'avis des Nash, fait irruption dans la vie de Vicky et Cristina, en leur proposant tout de go de partir avec lui passer un week-end - juste elles deux et lui - à Oviedo, pour aller voir une sculpture qu'il aime, boire du vin, et faire l'amour. Si la proposition heurte la bien pensante Vicky, elle séduit intensément Cristina la passionnée. A partir de cet instant, la vie de ces trois larrons va, non pas basculer, mais prendre une autre dimension, une autre voie, celle dont les uns et les autres rêvaient secrètement, sans avoir eu jusqu'alors le courage de sauter le pas... Par la suite, des langues vont se délier (à tous les sens du termes), des masques tomberont, mais jusqu'à quel point ?

 

Je ne vous raconterai pas davantage le film au risque de vous en dévoiler trop les arcanes finement tissées mais pour moi il s'agit d'un très bon film sur le courage de vivre ce à quoi la vie nous appelle, et non pas ce que la société et notre entourage attend de nous. Peut être un peu à la manière d'un Brokeback Mountain - qui m'avait littéralement bouleversé à l'époque - sauce Woody Allen et dans un tout autre genre bien entendu. Ou commence l'amour ? Qu'est-ce qu'aimer ? Doit-on vivre ses passions ou se ranger derrière la raison rassurante ? Autant de questions auxquelles nos protagonistes se heurtent de plein fouet dans les superbes décors catalans d'une Barcelone que Woody Allen semble avoir découverte tel un eldorado et dont il veut nous faire partager l'atmosphère.


Vous le savez aussi, je suis une bille en cinéma, en parle assez mal, et n'y connais pas grand chose... Néanmoins, je crois pouvoir affirmer que Rebecca Hall et Scarlett Johansson sont épatantes dans leur rôle, que celui de "peintre maudit" est très bien servi par le très sensuel Javier Bardem et que Penelope Cruz, dont l'entrée en scène est assez fracassante, est parfaite dans le rôle de folle hystérique servi par quelques tirades névrosées auxquelles la langue espagnole confère une saveur toute particulière (ça me rappelle tout à fait - en un brin plus violent ici - les crépages de chignon de mes cousines, elles aussi espagnoles).
Enfin, un mot de l'image dont le réalisateur a travaillé la saturation en jaune pour lui conférer une lumière intense et douce à la fois tout à fait évocatrice de la belle Barcelone.

 

Vous l'aurez sûrement compris, j'ai vraiment aimé ce film. L'histoire au fond est assez simple, il n'a rien de très original et comme le disait Jean-Marie Le Clezio à propos de l'oeuvre de Colette : j'ignorais que l'on pouvait faire un film sur ce sujet. Car au fond ce n'est rien de plus que cela : une tranche de vie, des vies qui se croisent, se recontrent, et... Servi par des dialogues savoureux, des personnages bien campés et finement ciselés, tiraillés entre leurs plans de vie, et leurs certitudes soudainement ébranlées... On rit assez souvent, emportés par un tourbillon de bonne humeur, on rit jaune parfois pour mieux encaisser la dureté de certaines situations. On rit avec les personnages, mais parfois aussi d'eux, de leur ridicule préciosité.

 


 

Le grand malheur des passions n'est pas dans le tourment qu'elles causent, mais dans les fautes qu'elles font commettre.

Les passions font vivre l'homme, la sagesse le fait seulement durer.

Sébastien Roch Nicolas dit Chamfort

jeudi 9 octobre 2008

Les acharnés du boulot.

 

Grosse feignasse je suis, grosse feignasse je reste... Oui, c'est bien de moi que je parle, alors même que mon emploi du temps journalier ne tient pas sur moins de 27 heures, et mon semainier sur moins de 10 jours...

Pourtant, étrangement, j'aime glander... C'est un état d'esprit. Si j'ai vraiment besoin de faire dix milliards de choses simultanément et mener plusieurs projets de front, j'apprécie infiniment me la couler douce, ne rien faire, et glander...  Et pour ne pas trahir cet état d'esprit, ce billet sera l'occastion une fois de plus de vous démontrer comment pondre une page en en écrivant moins d'un quart... ^^

 

Alors, aujourd'hui, je voudrais ériger en hymne cette chansonette et la dédier à tous ceux et celles qui n'ont d'autre envie de de glander consiencieusement :

 

LE TRAVAIL C'EST LA SANTÉ
Henri Salvador


Le travail, c'est la santé.
Rien faire, c'est la conserver.
Les prisonniers du boulot
Ne font pas de vieux os.

Ces gens qui courent au grand galop,
En auto, métro ou vélo,
Vont-ils voir un film rigolo?
Mais non, ils vont à leur boulot!

REFRAIN

Ils bossent onze mois pour les vacances
Et sont crevés quand ils en ont, ben, ils sont morts!
Un mois plus tard, ils sont costauds
Mais faut reprendre le boulot!!!

REFRAIN

Dire qu'il y a des gens en pagaille
Qui courent sans cesse après le travail.
Moi, le travail me court après.
Il n'est pas près de me rattraper!

REFRAIN

Maintenant, dans le plus petit village,
Les gens travaillent comme des sauvages
Pour se payer tout le confort.
Quand ils en ont, ben, ils sont morts.

REFRAIN

Hommes d'affaires et meneurs de foules
Travaillent à en perdre la boule
Et meurent d'une maladie de coeur.
C'est très rare chez les pétanqueurs!

 

Tous en choeur !